Tribulations à la terrasse d’un café

Je sais que j’ai pour habitude de vous caler des tas de blagues (plus ou moins bonnes) dans mes billets, mais cette fois ce ne sera pas forcément le cas. A l’heure où j’ai écrit ces quelques lignes, j’étais installée à la terrasse d’un café, le temps virait au gris et j’avais mon casque sur les oreilles. Des vagues de gens défilaient devant mes yeux et c’est là que l’envie d’écrire m’a prise. Une petite voix dans ma tête m’a dit : « bravo Jess, tu n’as rien sur quoi poser l’encre de ton stylo Packard Bell que tu as du gratter en soirée… Pas grave, utilise les serviettes en papier que le serveur t’a ramené, après tout elles sont offertes avec le café. » Et c’est ce que j’ai fait… Ce billet n’aura rien d’informatif ni de constructif, il n’est ici question que de tribulations personnelles. Après tout, j’ai le droit de faire ce que je veux c’est mon blog. Et là j’avais envie de vous parler de tout et de rien et de ce moment que je suis en train de vivre là maintenant, accoudée à ma table (bon du coup en différé mais on va faire comme si je l’écrivais en temps réel).

Là, dans mon casque, j’ai du Biffy Clyro qui tourne en boucle depuis quelques semaines (merci à Max d’ailleurs pour la découverte !). Et, en ce jour de grisaille parisienne, j’écoute « God & Satan » en mode repeat depuis ce matin. Pourquoi celle-là et pas une autre, je ne sais pas. Il y a certaines chansons sur lesquelles je bloque pendant un temps et c’est ici le cas. C’est assez drôle de voir comment la musique joue sur l’humeur de la journée et inversement. « God & Satan », c’est l’une de mes préférées. Quoi qu’un peu triste, l’ambiance qu’elle dégage est magique. D’ailleurs, je devrais peut-être annuler le mode repeat…


Si je résume la situation, je suis en train de boire un café à une terrasse, en écoutant de la musique et en écrivant sur une pauvre serviette en papier qui pour le coup est assez grande, je vais pouvoir m’emballer encore un bon moment. Pour vous décrire un peu la scène, à ma gauche se trouve un homme d’une quarantaine d’années, plutôt bien conservé, le regard complètement vide. Il regarde la route et boit sa bière complètement dépité. A ma droite, le serveur est en train d’apporter un jus de fruits à une dame qui a l’air bien plus âgée, sans même la regarder ni lui parler. J’ai l’impression d’être dans une bulle. Personne ne se voit, ne se parle, ni même n’a envie de lever la tête et regarder ce qui l’entoure. Est-ce que je suis vraiment là ? En même temps, qui viendrait entamer une discussion avec une fille qui écrit sur une serviette et qui écoute de la musique très fort dans son casque ? A part un sans abris pour me demander une pièce, je ne vois pas. Pourtant c’est toujours moi qu’on choisit pour obtenir un renseignement dans le métro ou dans la rue alors que j’ai mon casque sur les oreilles… comme quoi.

Enfin bref, je passe en mode random. Et figurez-vous que mon iPod est malin, il enchaîne sur « Many of Horror » du même artiste, qui est aussi l’une de mes favorites. Elle est vraiment très belle, si vous ne l’avez jamais écouté, c’est le moment.


Tiens, un nouvel arrivant dans mon champ de vision. Et voilà qu’il vient de me voir en train d’écrire sur mon support 1.0. Au vu de son expression, je n’arrive pas à savoir s’il me prend pour une pauvre, une folle, ou s’il va venir me demander un petit morceau pour faire un morpion. Dans le doute, je fuis du regard et me concentre sur la petite vieille qui sirote son jus et bouquine un livre dont je n’arrive pas à percevoir le nom. Ça n’a pas l’air d’être en français en tous cas, visuellement il y a trop de lettres par mot.

WOUW ! Qu’est-ce qui se passe ?! Pourquoi est-ce que j’ai du Plastic Bertrand dans ma playlist ?! Sous le choc, j’ai hésité à sauter de ma chaise et de risquer de me casser un ongle avant de comprendre que la chanson « ça plane pour moi » fait effectivement partie de la BO du film 127 heures… ouf, sauvée. Je zappe. Je vois ma barre de batterie diminuer progressivement, pourvu qu’elle tienne jusqu’à ce soir.

C’est au tour de Cascadeur de prendre le relai avec « Meaning ». Décidément, ambiance pas gaie dans les oreilles aujourd’hui. Il doit y avoir complot entre mon iPod et le monde extérieur. Tiens, je vais écouter les paroles, je crois que je n’ai jamais fait vraiment attention : « But someday you understand the meaning of your life ». Tiens, et si j’essayais de deviner la vie probable des personnes qui défilent devant moi ? La première « victime », une femme d’une quarantaine d’années, peut-être un peu plus. Elle porte un tailleur bleu foncé, j’ai bien envie de penser qu’elle n’est pas mariée et qu’elle n’a pas d’enfant, elle n’aurait pas le temps avec son travail après tout. Elle doit bosser dans un bureau avec des collègues chiants. Je parie même qu’elle met deux sucres dans son café, elle a l’air énervée. 12 contre 1 qu’elle participe à des soirées Tupperware. Le second, un adolescent qui doit avoir 16-17 ans, à vue d’œil. Il vient de déposer son pote en scooter, petit look à la parisienne, il a certainement des parents blindés. Vu sa petite gueule d’ange, il doit être LE mec beau gosse du lycée. Mais si, il y en a toujours un qui est mieux que tous les autres et qui se la raconte même, souvenez-vous les filles !  Je suis sûre que vous en avez connu un ! Mais c’est bien connu ce sont ceux qui vieillissent le moins bien, tu les croises des années après en te disant « ah ouais… quand même ! ».


Tiens, celui qui boit sa bière à côté de moi vient d’en commander une deuxième. Il a du la boire cul-sec c’est pas possible, il y a a peine 5 minutes son verre était rempli. Ou alors il se lance des défis de rapidité à lui-même. Je me dis que soit il est en vacances et qu’il a besoin de décompresser, soit qu’il est en dépression. Vu l’expression de son visage, j’opte pour la seconde proposition. Non parce qu’il est même pas 17h, à ce rythme là j’imagine à peine son état dans 2 heures. Peut-être que je serai encore là qui sait.

Ce qui est dangereux dans le random, c’est que tu peux passer d’une chanson super calme à un truc complètement violent. Et là, je viens de me faire bitcher avec un enchaînement sur les Bloody Beetroots. D’ailleurs, je pense que l’inception de Numericable fonctionne. Depuis qu’ils ont utilisé la chanson « Funk » pour leur pub, mon cerveau fait directement le rapprochement dès que je l’écoute. Mais c’est pas pour ça que je vais acheter leur nouvelle box hein, faut pas déconner.


Rien à voir mais ils devraient mettre des prises en terrasse franchement. Enfin je veux dire, quand j’avais mon iPhone je passais environ 80% de mon temps branchée (non, je ne troll pas mais ceux qui ont eu un 3G voient de quoi je parle) et ça m’aurait bien servi. Là, je vois que mon portable commence à clignoter rouge, que mon iPod aussi… et je commence à paniquer. Je fais des estimations du temps qu’il me reste, je vote pour 1h de téléphone et 2h d’iPod. Dans le doute, je ne vais pas entamer une troisième serviette, je termine celle là et je mets les voiles. Et en parlant de voiles, Tool qui joue « Eulogy », ça donne envie de partir loin, de marcher à l’infini dans un monde tout plein de couleurs et de plantes qui crachent des humains (ouais des fois j’ai des problèmes dans ma tête, j’imagine des choses bizarres). J’ai découvert cette chanson d’une toute autre manière il n’y a pas longtemps et depuis, je ne l’écouterai plus jamais de la même manière. Si vous avez 5 minutes devant vous,  allongez-vous, fermez les yeux et laissez libre cours à votre imagination. Cette chanson est parfaite.

Tiens, je n’ai presque plus de batterie nulle part, j’ai peur. Je vais devoir rentrer. Je ne saurais jamais ce qu’est devenu le mec à la bière et de quelle origine était la dame avec le livre bizarre. Après tout j’avais mon casque, je n’ai rien fait pour engager une quelconque conversation avec qui que ce soit. Peut-être que j’aurais pu demander une feuille pour écrire déjà… au lieu de critiquer les gens qui ne se calculent pas. Mais non, j’étais dans ma bulle, là où je contrôle tout ce qui peut s’y passer. Et sans musique dans cette bulle on se sent pas super bien, alors je vais y aller. Au revoir les gens que je ne connais pas mais qui ont passé un bout de mon après-midi avec moi. Vous aviez l’air sympa hein. Bisous.