6 mois à Tokyo : confessions intimes

J’ai réalisé récemment que ça faisait déjà plus de six mois que j’étais arrivée à Tokyo. Six mois bordel, la moitié d’une année. J’ai pris conscience de ça en marchant sous 40℃ (selon la police, mais 46℃ selon les manifestants), et du coup j’ai fait un bilan avec moi-même et contre toute attente on était plutôt d’accord sur pas mal de points.

J’aime toujours autant Tokyo (straight to the point)

Le Tokyo des vacances et le Tokyo de la vie quotidienne sont deux choses complètement différentes. On me l’avait dit à maintes reprises et cela me paraissait également évident. C’est pareil partout en même temps non ? Par exemple pour ma part je trouve Paris très bien en mode touriste, mais pas pour y vivre. Chacun a des attentes particulières dans son quotidien qui s’accordent plus ou moins avec des lieux, des façons de vivre et des mentalités. Pour l’instant, dans l’état actuel des choses, je pense avoir trouvé ce qui me correspond le mieux et c’est ici à Tokyo.

Même si je suis venue une dizaine de fois pour des plus ou moins longs séjours par le passé (allant de plusieurs semaines à plusieurs mois), comparé aux expats qui vivent là depuis plusieurs années  j’estime être encore fraîche comme un gardon à Tokyo. Sans faire des trucs incroyables, chaque jour ou presque est un grand kiff. Je ne vais pas vous mentir j’ai développé ma petite routine ici et mes journées se résument grossièrement à taff le matin, cours de japonais l’après-midi et devoirs le soir (on est loin des parties de maimai, des restos quotidiens et des salles d’arcade). Bien évidemment je sors de temps en temps et j’essaye de faire des activités à côté lorsque j’ai un peu de temps libre, mais globalement ma semaine pourrait être la même n’importe où ailleurs. Sauf que récemment, j’ai réalisé un truc assez fou…

Confidence pour confidence

Alors que je me réveillais vers 6h du matin il y a quelques jours (merci Tamago pour les griffes dans les yeux), que je me préparais mon petit déjeuner et que j’avais encore les yeux un peu collés, je me suis surprise à sourire bêtement. « WOWOWOWOW, qu’est-ce qui se passe ? » me dis-je. Non parce que bon, faut pas oublier que je viens de Paris, que globalement j’ai été entraînée pour faire la gueule et que sourire bêtement devant un bol de lait, c’est pas sur la notice.

Et là j’ai réalisé un truc tout con : que j’étais heureuse. Que je vivais actuellement ce dont je rêvais depuis toutes ces années, c’est à dire vivre à Tokyo, ma ville de l’amour. Et quel sentiment agréable que de me dire que ces cinq années de préparation / reflexion, que cet argent mis de côté, que tout cet acharnement, auront servi à quelque chose. C’est con hein dis comme ça, ça fait un peu gnan-gnan (style), mais merde c’est vrai quoi.

Tout ça n’aurait jamais été possible sans les encouragements que je reçois au quotidien. Que ce soit de la part de mon copain qui a toujours été derrière moi depuis le début à me booster pour que je donne le meilleur de moi-même, à me supporter dans mes choix (et qui d’ailleurs devrait me rejoindre bientôt <3). Savoir également que j’ai le soutien de ma famille et de mes amis (oui vous la bas :F) c’est vraiment super important. Même si je suis à Tokyo en train de kiffer, ça n’empêche pas que parfois j’ai des petits coups de mou (à me demander : est-ce que je vais y arriver ? Pourquoi j’ai l’impression de ne pas progresser ? Est-ce que je vais trouver du boulot une fois que mon visa étudiant va expirer ? Est-ce qu’ils auront encore des sushi pas chers au supermarché ce soir ?)…  Et tous ces petits messages anodins que je reçois me motivent vraiment. D’ailleurs je reçois de plus en plus de messages de gens que je ne connais pas (sur Instagram essentiellement) me posant des tas de questions sur la vie au Japon, sur ce que je fais sur place, ou qui simplement m’envoient des bonnes ondes. Même si ça ne parait pas être grand chose, je trouve ça super cool et c’est toujours un plaisir de répondre et de partager mon amour pour ce pays.

Si je devais résumer ma vie aujourd’hui avec vous, je dirais que c’est d’abord des rencontres

J’ai également fait de super rencontres sur place et ça je m’y attendais pas particulièrement. Que ce soit les différents profs de Japonais que j’ai eu, qui sont beaucoup trop cools et qui ont toujours été là (jusqu’à présent) pour m’encourager et m’apprendre la langue de la meilleure façon qui soit, que ce soit les quelques camarades de classe venant du monde entier avec qui je m’entends bien ou encore les rencontres fortuites que j’ai pu faire au détour d’évènements, tout ça me motive énormément. Par exemple la semaine dernière j’ai passé la journée à l’Université des femmes de Tokyo pour assister à des cours provenant d’étudiantes souhaitant devenir prof de japonais, afin de donner mon avis et de faire un peu le cobaye. J’y allais un peu en subissant, c’était un dimanche et j’aurais bien glandé un peu à la place. Mais au final c’était vraiment sympa et la journée terminée, j’ai fini dans un izakaya avec toutes ces filles dont quelques unes sont à présent des potes que je vois et avec qui je discute régulièrement (et ça me fait du training de japonais !).

Je suis plutôt quelqu’un de réservée et pas super à l’aise avec les personnes que je ne connais pas. Disons que je ne vais pas de moi-même aller parler aux gens dans l’optique de me faire des potes, je suis plutôt du genre à attendre qu’on vienne et à rester dans mon coin (et encore plus quand il s’agit de communiquer dans une langue étrangère). J’ai toujours été comme ça et ça ne m’a pas spécialement posé de problème durant ces 33 années, j’ai toujours été super bien entourée. A la base j’étais plutôt du genre à refuser poliment les invitations à sortir avec des inconnus par peur de rien avoir à dire, vous savez cette peur des blancs (no racism), cette épreuve continue de devoir se forcer à trouver des sujets de conversation…. rien que d’en parler ça m’épuise. Mais est arrivé ce moment où je me suis dit « allez pourquoi pas ! » et au final cela m’a permis de rencontrer des gens super cools. Je crois que je change un peu.

Update 33.5

Bref, tout ça pour dire que j’ai l’impression que ces quelques mois ici m’ont un peu changé (positivement). Déjà comme je viens de l’expliquer, le fait d’être vraiment seule (même si j’ai des potes sur place c’est pas toujours évident d’accorder nos calendrier) et de n’avoir aucun « support physique », j’ai l’impression d’être maintenant un peu plus ouverte et d’aller un peu plus « facilement » vers les gens.

Aussi, peut-être parce que je suis contente (et quand je suis contente je vomis), mais j’ai envie d’être une meilleure personne ici. Je sais pas comment l’expliquer, mais je suis plus patiente, j’ai envie d’être gentille avec tout le monde, d’aider les gens (sauf les touristes qui ne savent pas se tenir et qui me rendent toujours aussi ouf), de donner le meilleur de moi-même quand je fais un truc etc. Je laisse même ma place aux mamies dans le métro (qui en vrai on 110 ans et sont plus en forme que moi).

Bref, peut-être que dans quelques années je fous le feu à tout on est à l’abri de rien mais en tous cas pour l’instant c’est mon état d’esprit et j’avais besoin de l’extérioriser. D’où ce long texte pas spécialement super informatif, écrit un peu à l’arrache sur le coup de l’émotion, mais il fallait que je partage ma bonne humeur. Quoi qu’il en soit la route est encore longue ici et je vais continuer à tout donner afin de changer les données (GG à ceux qui l’ont).