Comment on a trouvé un appart à Tokyo en une semaine

Après une semaine sur place à courir à gauche et à droite, je me suis dis qu’il fallait qu’on commence à chercher activement un appartement, celui dans lequel on va vivre plusieurs années. Donc un truc vraiment bien, qui nous plaise, et tout et tout. Après avoir répondu à une petite dizaine d’annonces en ligne qui n’étaient pas trop mal, un correspondant japonais à moi (à qui je parle depuis des années mais que ne j’ai jamais rencontré) m’a gentiment présenté sur Line à l’un de ses potes qui est agent immobilier. Après avoir échangé avec lui et après lui avoir indiqué nos critères de recherche, voilà que j’avais rdv à son agence le dimanche midi qui suivait. Dans ma tête c’était « bon vas y t’as rien à perdre, tu vois comment ça fonctionne, ça va durer 30 min et il va te dire que vu que 1/ tu es étrangère 2/ aussi étudiante 3/ que tu veux ramener ton chat 4/et que tu n’as pour l’instant qu’un visa d’un an, c’est tendu ». BREF, un dossier un peu compliqué sur le papier. Et vu tous les retours de galère que j’ai lu sur le net à ce sujet (des récits provenant même de personnes parlant couramment japonais, mariées avec un(e) japonais(e)), je m’étais dit que voilà… c’était un peu compliqué, mais de toute façon il faut toujours se faire ses propres expériences. Et puis il fallait absolument qu’on trouve quelque chose avant le mois de mars donc autant s’y prendre dès janvier.

Le premier rdv avec A-san

Une fois à l’agence (où on est quand même bien reçu avec du thé et des petits gâteaux), j’ai fait la connaissance de ce fameux agent immobilier, appelons le A-san, qui ne parlait donc pas un mot d’anglais. Nous avons donc du communiquer à base de japonais approximatif, de gestes, de dessins, et un peu de google translate (qui est toujours aussi pourri pour cette langue, mais il voulait absolument l’utiliser pour que je puisse lire en français…). Et c’est donc à partir de là que tout s’est enchainé. Il m’explique qu’il a trouvé un seul bien qui répondait à tous nos critères et avec un proprio qui pourrait « potentiellement » accepter notre cas. Les autres c’était NOPE NOPE NOPE. Du coup il me montre l’appart sur une vieille photocopie en noir et blanc où je ne vois absolument rien clairement à part le plan, le lieu et le prix (OH GOD, pour ça par contre on ne m’avait pas menti c’est bien comme à Paris). Suite à quoi il me demande si je veux le visiter. (A savoir qu’en parallèle j’avais dit à mon frère : « t’inquiètes, attends moi au Family Mart en face, j’en ai pour 30 min après on se défonce un bon ramen »). Je vous retranscris pêle-mêle la situation :

– (A-san) « Du coup est-ce que ça te dit d’aller le visiter ? »
– (Moi) « Ah bah oui pourquoi pas, avec plaisir ! On doit prendre un rdv ? C’est quand ? Je sors mon agenda ? » (*ventre qui gargouille en fond, il était 12:30*)
« Ah bah là tout de suite, ce serait bon ? Tu n’as pas trop faim ? » (merde il m’a grillé)
« Ah là ? Maintenant ? Euh bah ok, oui carrément ! » (hop SMS à mon frère « code rouge, viens à l’agence on va visiter un appart ! »)
« Ok je vais chercher une voiture de la société, et ensuite on y va »

…(il revient en rigolant un peu en coin et j’entends son collègue lui dire « mais non sérieux ?! hahaha vraiment tu vas faire ça ?! »)…

« Bon alors par contre, il n’y a plus de voiture disponible…. du coup est-ce que ça vous dérange si on y va avec la mienne ? »
« Ah non non peu importe » (dans ma tête, je me disais que ça ne changeait rien, et que même s’il ne me l’avait pas précisé je n’allais jamais faire la différence)
« Non parce qu’elle est spéciale, elle est customisée »
« Ah… bah ok cool ! » (A ce moment là dans ma tête j’imaginais un truc un peu otak’)

Sauf qu’en fait pas du tout (même si ça aurait été bien drôle), c’était une Prius de taré toute neuve, aussi smooth que la plus smooth de tes copines. Et donc on se rend à l’autre bout de Tokyo au fameux appartement en question. A la base je rappelle que je partais quand même en me disant que j’allais simplement me faire une première expérience de visite d’appartement au Japon, que c’était juste pour voir, et que vu que c’était le seul qui correspondait à notre recherche, ça n’allait pas être forcément tout de suite le bon. SAUF QUE, déjà de l’extérieur, je trouve le quartier cool (je connaissais déjà un peu avant mais pas en profondeur non plus. En gros c’est super bien placé, tout en étant dans un coin résidentiel) et l’immeuble était sympa. A-san ouvre donc la porte de l’appartement et je me suis tout de suite rendue compte qu’il défonçait. Vous savez cette sensation de se sentir bien instantanément à l’intérieur. Hyper grand, hyper lumineux, hyper bien agencé, hyper U enfin tout quoi. Du coup je passe de « bon on va voir » à « oh putain mais il nous le faut absolument » ! Sauf que bien évidemment il fallait donner la réponse le soir même et, avec le décalage horaire, @Elchikito bah il dormait :) (Je vous raconte pas le réveil en fanfare : « Coucou voici les photos. Tu aimes bien ? Réponse à donner ce soir. Bisous »)

Du coup on a quand même négocié une réponse plus tard dans la semaine car en parallèle nous avions aussi des vues sur une maison, mais qui finalement s’est avéré être un cas plus compliqué voir impossible… Mais bilan : on a fini par dire oui ! Tout en sachant que le proprio devait encore donner son accord et que rien n’était gagné. On est donc mercredi matin, il est 9h30 et la dernière phrase que m’a balancé A-san sur Line était « Je discute avec le propriétaire mais vu qu’il n’a jamais loué à des étrangers, il hésite ».

Le verdict

Après un silence radio de plusieurs heures pendant lesquelles j’étais en train de manger tous mes ongles (et si j’avais pu manger ceux des gens à proximité je l’aurais fait (argh mais non)), voici qu’A-san me recontacte en me posant des questions assez drôles comme par exemple sur notre religion et celle de nos parents respectifs. Tout ça pour finir par me dire que le proprio est d’accord. WOUUUUUH PUTAIN DE MERDE !!! Et là tu te dis bon c’est cool mais maintenant, comme c’est le cas pour les apparts au Japon quand tu signes le contrat, il va falloir réussir à sortir une somme équivalente à  plus ou moins 5 mois de loyers d’un coup. Sachant que je n’avais pas encore de compte en banque sur place, et qu’avec ING j’allais me taper des frais de ouf. Heureusement, j’avais mon compte Revolut (que je recommande au passage, je l’utilise depuis plusieurs années et c’est toujours aussi top, et qui surtout permet d’éviter les frais bancaires à l’étranger et de switcher d’une monnaie à l’autre en 2 secondes chrono). Il ne restait « plus » qu’à rassembler l’argent en tant et en heure, et de signer le contrat.

Un peu moins d’une semaine après, j’avais rdv à l’agence pour la signature. Sauf que là on allait tout de même leur filer tout notre argent et un rein, du coup il me fallait quelqu’un de bilingue pour me raconter les termes du contrat. C’est donc la maman d’un ami à moi, qui est japonaise bilingue en français, qui a eu la gentillesse de m’aider et heureusement ! Parce que même elle avait du mal à comprendre certains passages… les passages où tu piges généralement rien même en français et où tu dis oui en te disant que ça passerait inconito. « Mais madame, vous avez acheté un panier à salade jaune, on avait dit que c’était interdit dans le contrat, du coup vous devez quitter l’appartement immédiatement « .

La cérémonie

Alors je me souviens pas que ça se passait comme ça en France, mais la signature de contrat de location ici c’est quelque chose. Je sais pas si c’est pareil dans toutes les agences, mais ça fout un peu la pression. Déjà quand t’arrives tu as tous les employés qui te saluent et limite t’applaudissent (« clap clap clap merci pour toute cette fortune que vous allez perdre, ce midi on va se faire des sushis chez Jiro avec »), tu as encore droit au combo gagnant oshibori/thé/gateaux, sauf que à aucun moment tu trouves le temps d’en profiter. Le propriétaire était là, assis à côté de moi, donc j’essayais de tout faire bien et de lui montrer qu’il a bien fait de nous faire confiance; et en face de moi, derrière le comptoir il y avait trois personnes de l’agence : A-san, la préposée à la lecture du contrat (qui est venue uniquement pour ça et après elle est repartie dans le background), et un autre mec lambda qui devait bien servir à quelque chose (?). Pour vous faire une idée du proprio : un japonais assez âgé (je dirai 75 ans, mais bon… à 20 ans près), avec un visage trop gentil mais qui te dit en souriant des phrases comme « surtout vous faites attention avec le tri des poubelles », « un chat ça va mais pas plus », « vous accrochez rien dans l’appart sinon je garde toute la caution et je viens vous botter le cul, même si c’est pour un clou », mais qui en parallèle raconte qu’il a voyagé en Allemagne, qu’il aime bien la France etc. Et donc après avoir signé le contrat avec mon sang, c’était sûr, on allait enfin pouvoir avoir notre appart’ à Tokyo et, qui plus est, dans un quartier cool de Shinjuku. L’emménagement est prévu ce week-end et autant vous dire que j’ai hâte ! (même sans internet et sans meubles au début ^^).

C’est un début de rêve qui se réalise <3